Les enseignants sont motivés. C’est ce que révèle ce sondage, dont les résultats cassent les idées reçues. Le sacrifice budgétaire de l’école, associé à la suppression de la formation et à la réforme du recrutement n’ont pas ébranlé le désir des enseignants et leur ambition d’éducation, même s’ils sont confrontés à une forte dégradation des conditions d’exercice du métier et de son sens. Souvent proches des cadres dans leurs critiques et leurs aspirations, ils expriment haut et fort leur volonté de travail bien fait.
Sondage et Analyse UGICT-CGT / Opinionway sur l’état d’esprit des enseignants à la rentrée 2012.
1. Être enseignant reste une véritable vocation
A- Un investissement important et un temps de travail élevé
En moyenne, les enseignants réalisent un nombre d’heures d’enseignement supérieur au temps de service (15 heures pour les agrégés, 18 heures pour les certifiés et PLP, 26 heures pour les professeurs des écoles) avec donc un temps de travail personnel très élevé.
Le temps de travail hebdomadaire moyen s’établit entre 40 et 44 heures, mais dissimule de profondes disparités. Cela rejoint les conclusions de différentes enquêtes sur le temps de travail des enseignants qui se situe bien au-delà des 35 heures.
B- Des heures supplémentaires imposées
Depuis 2007, avec la RGPP et les suppressions massives de postes, les heures supplémentaires se sont généralisées, 52 % des enseignants interrogés disent qu’il leur arrive de faire des heures supplémentaires imposées.
2. Une profession sacrifiée, souffrant d’un mal de reconnaissance profond
A- Une absence de reconnaissance salariale
Un manque de reconnaissance de la hiérarchie et de l’opinion.
Un rapport très critique à l’employeur.
L’insatisfaction se situe ici à des niveaux allant de 89 % à 94 %.
Une insatisfaction du système d’évaluation des enseignants.
B- Le stress marque le quotidien des enseignants
C- L’appartenance à la catégorie socio-professionnelle
Ils sont 98 % à se reconnaître cadre ou profession intermédiaire.
3. - Des inquiétudes très fortes sur l’avenir
A - Les enseignants émettent un jugement très critique du système éducatif français
B - Un pessimisme pour l’avenir
C - Comment améliorer la condition enseignante ?
La réduction du nombre d’élèves par classe (77 %).
La revalorisation de la rémunération (70 %).
La formation des enseignants (69 %).
Conclusion : Revaloriser la profession enseignante pour changer l’École
Cette enquête montre que les enseignants, motivés, impliqués et animés par une vocation sont le premier atout de l’éducation nationale. Confrontés à une décennie de réduction budgétaire, de sacrifice de l’ambition éducative et de remise en cause des objectifs républicains, les enseignants sont très critiques vis-à-vis de l’éducation nationale. Leur pessimisme s’explique en partie par l’empilement de réformes et de directives, parfois contradictoires, jamais évaluées, qui ont toujours été en décalage complet avec les objectifs affichés.
Concrétiser une ambition pour l’éducation nationale passe par une revalorisation du métier des enseignants, la reconnaissance de leur rôle, de leur utilité sociale qui doit se traduire par une revalorisation salariale.
Les sujets prioritaires pour améliorer le travail des enseignants sont les suivants :
la réduction du nombre d’élèves par classe (77 %).
La revalorisation de la rémunération (70 %).
La formation des enseignants (69 %).
L’attachement des enseignants à leurs missions ressort à nouveau. Au lieu de privilégier une amélioration étroite de leurs conditions de travail, ils lient amélioration de leurs conditions de travail avec l’amélioration du système éducatif.
On observe le même paradoxe chez les enseignants comme pour l’ensemble de l’encadrement, c’est-à-dire chez les cadres et les professions intermédiaires : une profession très motivée par son travail, malgré des conditions d’exercice très dégradées, une profession qui porte des valeurs fortes sur le sens du travail, attachée à des questions d’éthiques professionnelles. Les enseignants veulent être professionnellement engagés et socialement responsables.
Dans le même temps, ils manifestent un très haut taux d’insatisfaction, d’une part sur la reconnaissance de leur qualification, sur la dévalorisation de leur métier, d’autre part leur désillusion profonde par rapport à l’employeur et le nouveau mode de management qui entre au forceps dans l’éducation nationale.