Notre ministre nous envoie une nouvelle lettre sur sa politique (après celle de juin). Nous y retrouvons les mêmes absences inquiétantes malgré les quelques avancées. La lutte est toujours d’actualité...
Nous sommes satisfaits de la volonté affichée de notre ministre à réaffirmer
– Son attachement au collège unique.
– La création sur 5 ans de 60 milles postes d’enseignants, dont, pour 2013, 14 mille postes dans l’enseignement primaire, 7 mille dans le secondaire, 27 mille dans les nouvelles écoles supérieures du professorat et de l’éducation et 6 mille emplois pour les enfants en situation d’handicap.
– Sa volonté de donner plus à ceux qui ont moins, notamment sur l’éducation prioritaire.
– Son désire de renouer un dialogue avec tous les acteurs de l’éducation (enseignants, parents d’élèves, collectivités territoriales, lycéens, associations, parlementaires, représentants des ministères), mais dans cette liste que l’on espère non exhaustive, ne sont pas cités les syndicats, sûrement compris, voire noyés ou dissous dans le terme d’enseignants.
– La création d’écoles supérieures du professorat et de l’éducation
En revanche, nous sommes plus dubitatifs sur des mesures comme :
– Les emplois d’avenir, s’apparentant aux anciens emplois jeunes rappelant les TUC (travaux d’utilité collective) des années 80. Sans être dénuée de toute efficacité, la portée d’une telle mesure est limitée et ne changera pas grand chose sur le plan structurel, ni pour l’emploi des jeunes ni pour le suivi de nos élèves.
– Sur la refondation pédagogique, accès sur le numérique, censée modifier en profondeur les pratiques pédagogiques. Une telle assertion n’est pas sans rappeler l’arrivée dans les années 70 de la TV qui était censée annoncer la fin programmée des professeurs.
Mais nos inquiétudes restent celles annoncées dès le mois de juin et qui semblent se concrétiser :
– 60 mille postes sur les 80 mille supprimés depuis 2007 cela reste insuffisant, demeure encore un déficit de 20 mille postes.
– Sur les RASED, notre ministre penche pour l’évolution de leurs missions. Doit-on voir par cette proposition la fin d’un dispositif d’aide qui avait fait ses preuves ?
– Aucun engagement sur le système ECLAIR, considéré donc comme maintenu. Or, ce système s’inscrit dans une politique libérale, de casse du statut du fonctionnaire. Votre poste y est profilé. Quelle chance ! Cela remet en cause le droit à un poste pour tous (si concours) sur toute la France. Dorénavant, se profile l’idée de la nécessité, comme dans le privé ou la fonction territoriale, de devoir chercher un poste pour travailler. Avec nécessité de plaire au chef d’établissement à qui tout pouvoir d’embauche est donné, d’où une mise en concurrence du personnel et une augmentation des inégalités (notamment homme-femme).
– Aucune remise en cause de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) qui impose aux chefs d’établissement de faire du chiffre, en envoyant coûte que coûte le plus d’élèves possible en seconde générale quelque soit leur niveau, en diminuant, quelqu’en soit les conséquences, le nombre de doublement sous le prétexte fallacieux de son inefficacité et de son coût.
– La réforme des rythmes scolaires, si elle n’allonge pas le temps passé en classe par les élèves, la demi-journée de plus imposée aux élèves le mercredi (?) est compensée par une diminution du temps scolaire sur les autres journées, cette réforme fait reporter sur les collectivités territoriales les efforts d’encadrement pour la prise en charge des élèves libérés dans la journée. Or une commune villageoise de 1000 habitants n’a pas les mêmes moyens qu’une métropole de 100 000 habitants. Et ce n’est pas le fonds dit spécifique débloquer par l’Etat à cet effet qui bouchera les trous, 250 millions d’€ pour 36 000 communes cela fait en moyenne 7 mille euros par an si ce fonds est renouvelé tous les ans, rien n’est moins sûr. Vive la décentralisation, alimentant inégalité territoriale et misère sociale, créant un terrain propice au développement des idées d’extrême droite, racistes, antisémites, antisociales... Enfin, on peut craindre dans cette réforme des rythmes scolaires, compte-tenu de la stratégie gouvernementale de faire des économies sur le dos des salariés, un "travailler plus pour gagner moins".
– Maintien du socle commun, d’une culture minimaliste, combiné à une réforme du système d’orientation, de régionalisation des C.O.P. (conseillers d’orientation psychologues) accentuant la décentralisation et par voie de conséquence les inégalités territoriales.
- Rien sur la journée de carence, qui est maintenue.
- Rien sur le gel du point d’indice.
– Si une formation est proposée au jeunes professeurs durant l’année de stage, est maintenue, aux regrets de la CGT éduc, la nécessité d’avoir un bac plus 5 pour pouvoir passer le Capes (concours des professeurs). Ceci revient à écarter les catégories sociales pauvres voire moyennes de l’accès au concours ou les oblige à s’endetter avant même d’accéder au métier. Cette stratégie limite les postes pérennes et amène par voie de conséquence l’Etat employeur à puiser dans le vivier des contrats précaires (contractuels et vacataires).
– Dans l’enseignement universitaire, la loi L.R.U. (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) est maintenue, autonomie budgétaire et des ressources humaines, argumentant de la revalorisation de l’enseignement universitaire. Elle impose notamment aux professeurs de monter des projets afin de justifier de leurs dépenses, passant ainsi du temps à la recherche de financement plutôt qu’à la recherche elle-même. Elle se traduit aussi par l’embauche de plus en plus important d’un personnel enseignant précaire.
Bac + 5 pour devenir prof + L.RU. (autonomie) = précarisation
– Enfin et surtout, comme le montre les résultats du bac pro 2012, la réforme du bac pro 3 ans au lieu de 4 est une catastrophe mais elle est maintenue. Elle est pourtant un échec pâtant et est à la source de multiples situations de conflits au sein des établissements, mettant les personnels enseignants, administratifs et élèves sous pression.