Roland GORI , psychanalyste, membre d’Espace analytique, initiateur de l’Appel des appels, professeur émérite de psychopathologie des universités.
La néo évaluation est enjeu politique majeur. C’est une nouvelle forme de colonisation des mœurs et des esprits. C’est une rhétorique qui vise à déposséder des actes et casser les collectifs, c’est un dispositif de normalisation et de contrôle qui a pour but d’amener les personnels à se penser dans un rapport de concurrence et de compétition avec l’autre, à se conformer uniquement aux procédures.
L’évaluation a toujours existé mais ici elle a pour but de fabriquer une servitude volontaire, une soumission librement consentie par les personnels. Il faut donc davantage parler de « néo évaluation » La notion de base de la « néo évaluation »., c’est le consentement.
La néo évaluation est le moyen de passer de l’utilité collective à autre chose qui est l’hégémonie du rapport marchand.
Une des façons de réagir, c’est la fraude comme tentatives de s’adapter aux exigences d’un environnement devenu « fou », fou des normes. On ne demande pas à faire le travail mais à répondre à la norme. Autre imposture, élever le pourcentage de classe d’âge d’une population qui a obtenu le BAC : ce n’est pas le problème, le problème est de savoir ce que vaut le Bac comme capital culturel sur le marché des diplômes. Il convient de se conformer à ce qui est prescrit...
3° SESSION DE L’OFCT
LA NÉO ÉVALUATION
Introduction
Roland GORI, psychanalyste, membre d’Espace analytique, initiateur de l’Appel des appels, professeur émérite de psychopathologie des universités.
La néo évaluation est enjeu politique majeur. C’est une nouvelle forme de colonisation des mœurs et des esprits.
C’est une rhétorique qui vise à déposséder des actes et casser les collectifs, c’est un dispositif de normalisation et de contrôle qui a pour but d’amener les personnels à se penser dans un rapport de concurrence et de compétition avec l’autre, à se conformer uniquement aux procédures.
Chantal THOMAZEAU ‐ secrétaire du syndicat CGT Crous Pays de Loire, CHSCT.
C’est bien dans le cadre de la RGPP (révision générale des politiques publiques) aujourd’hui la MAP que l’évaluation des personnels est mise en place. Il s’agit de palier aux suppressions de poste et d’obtenir des personnels un surinvestissement au travail.
Il faut restaurer la capacité de penser, de parler, de faire le récit de l’expérience, de la démocratie sur les scènes sociales du travail.
C’est un outil managérial conduisant à l’individualisation de la gestion des agents et de leur carrière avec une volonté de mise en concurrence des personnels entre eux instaurant le mérite comme mode de gestion.
Sylvain CLEMENT, sden Côte d’Or
Paroxysme de ce travers, cette formule qui a longtemps été donnée aux professeurs stagiaires mais aussi aux collègues après une inspection jugée peu satisfaisante : « Il n’y a pas de mauvaises classes, il n’y a que des mauvais profs ». Pourtant, il n’est pas si difficile de souligner l’absurdité de cette formule, par exemple on pourrait dire de la même manière : « Il n’y a pas de mauvais profs, il n’y a que des mauvais inspecteurs ». C’est ce qu’a d’ailleurs fait un collègue inspecté pour la première fois depuis 7 ou 8 ans. Pour un collègue qui rue dans les brancards, combien se laissent tailler en pièces parce qu’ils ont été enfermés dans une dimension strictement individuelle du travail ?
Roland GORI, psychanalyste,
L’évaluation a toujours existé mais ici elle a pour but de fabriquer une servitude volontaire, une soumission librement consentie par les personnels. Il faut donc davantage parler de « néo évaluation ». Je n’aime pas l’appellation de « souffrance au travail » car ce n’est pas une posture de citoyen, c’est une reconnaissance sociale de la souffrance sur un mode victimaire. La notion de base de la « néo évaluation »., c’est le consentement. Le paquet politique doit se mettre sur le consentement, l’abandon de la responsabilité des actes. Ainsi les agences de notation, idem pour l’AERES ou les agences régionales de santé ne peuvent produire que des imposteurs. Elles ne peuvent pas être poursuivies sur ce qu’elles disent, elles émettent des opinions et pas des résultats scientifiques, elles sont le résultat d’un rapport de force institutionnel. La néo évaluation est une nouvelle forme de colonisation des mœurs et des esprits. Il faut restaurer la capacité de penser, de parler, de faire le récit de l’expérience, de la démocratie sur les scènes sociales du travail.
La néo évaluation, c’est le « ferme ta gueule », ajuste‐toi à la machine. C’est le temps du développement de la rationalité et de la rationalisation dont le capitalisme a besoin pour se développer. Soit un pilotage qui, au nom de la rationalité technique, instrumentale ou comptable légitime les abus de pouvoir. On ne juge plus les compétences professionnelles mais juste le comportement professionnel. On vous élimine en placardisant. L’évaluation tue ! Il faut se dépasser jusqu’à l’épuisement, c’est le délitement de la solidarité des professionnels.
Plusieurs raisons à cette soumission sociale : il n’est pas facile de penser, de décider... Pourquoi y a‐t‐il acceptation des gens ? Ca disculpe de se soumettre à des normes, ça exonère de culpabilité, ce n’est pas la peine de penser. C’est la force de l’industrie qui facilite la vie des gens en donnant des modes d’emploi pour penser et vivre. Et la manière de penser par norme ne se réduit pas à la vie professionnelle, il y a extension dans la vie privée et les loisirs. C’est la même posture sur les sites de rencontre que pour les entretiens d’embauche. La néo évaluation a une performativité, il faut se penser objectivement : c’est une connerie énorme. Il n’y a pas d’évaluation objective puisqu’elle implique le domaine de la valeur. C’est l’aliénation par l’objectivation, on traite les hommes comme des choses. Avec le travail à flux tendu, il faut toujours gagner du temps, avec la dimension de vitesse, on ne peut plus penser.
Politiquement il faut exiger du temps.
Le pouvoir collégial des professionnels est sans cesse transféré à la puissance administrative qui n’a pas la culture des métiers. C’est l’exemple de l’hôpital, passé au technico administratif, la productivité est exigée sans connaître les métiers. Ce n’est pas le collège de professionnel qui évalue l’acte professionnel. C’est un cheval de Troie de la logique du marché où la gestion prime sur l’éthique et les finalités des actes professionnels.
Le travail est un support de droit, pris dans un système régi par l’utilité collective et non pas seulement dans des rapports marchands. La néo évaluation est le moyen de passer de l’utilité collective à autre chose qui est l’hégémonie du rapport marchand. C’est l’exemple des universités où il faut publier « vite et sale ». Il faut nous amener à penser comme des machines, de manière binaire. Une des façons de réagir, c’est la fraude comme tentatives de s’adapter aux exigences d’un environnement devenu « fou », fou des normes. On ne demande pas à faire le travail mais à répondre à la norme. Autre imposture, élever le pourcentage de classe d’âge d’une population qui a obtenu le BAC : ce n’est pas le problème, le problème est de savoir ce que vaut le Bac comme capital culturel sur le marché des diplômes. Il convient de se conformer à ce qui est prescrit : les labos pharmaceutiques ont été condamnés sur la forme et pas sur le fond : ils sont condamnés sur ce qui n’était pas dit dans la notice mais pas pour les dégâts commis.
Il n’y aura pas de nouvelle démocratie si les outils d’asservissement restent en place. La croyance aux chiffres c’est comme la croyance aux esprits. C’est la déconnexion du travail qui pousse à tricher. Exemple du classement des universités, des hôpitaux, de la comparaison avec des moins bien classés (l’hôpital de Strasbourg en comparatif avec une clinique privée : le 1er accueille tous les patients et l’autre sélectionne). La néo évaluation produit des tartuffes. La Grèce triche pour rentrer dans les critères et comme les individus imposteurs elle ne fait que participer à la comédie sociale des mœurs dont elle de vient ensuite un martyr.
Débat
Jocelyne CHABERT : représentant le secteur confédéral travail, membre du CHSCT
de General Electric Medica PDG, Jack Welsh qui a inventé les quotas forcés de notation (forced ranking).
Cette entreprise fonctionne grâce à un système très fort d’adhésion aux valeurs de l’entreprise. Elle a mis en place tout un système de réseaux et de groupes qui pensent à notre place et nous dictent les bons comportements. En fait, cette entreprise qui se veut citoyenne, nous invite dès que nous en passons la porte à abandonner toute citoyenneté, ce qui est une grande imposture. Le système d’évaluation en place comprend une partie d’auto‐évaluation, afin de mieux nous conduire vers l’aliénation et à la soumission. La note finale est automatiquement calculée par l’ordinateur, à partir d’une combinaison de la note des résultats d’une part et de la note des comportements d’autre part.
Donc tout le monde triche : les salariés adaptent leur façon de travailler non à leurs propres critères de métier mais en fonction de ce qui est attendu et la hiérarchie part de la note finale qu’elle veut donner à chaque salarié et donc modifie si nécessaire les notes « résultats et comportements » afin d’obtenir la note finale souhaitée.
Après avoir épuisé les ressources possibles au sein des IRP, la CGT et le CHSCT ont attaqué General Electric en justice afin d’obtenir l’annulation du système et son remplacement par un système négocié. Nous nous appuyons sur d’une part l’arrêt SNECMA qui interdit la mise en place d’une organisation du travail potentiellement préjudiciable à la santé des salariés, et d’autre part sur le jugement Wolters Kluvers France, qui a jugé illicites certains critères d’évaluation trop comportementaux. Nous sommes actuellement en cassation.
Sylvain CLEMENT
Mon établissement a été classé dernier du département par le magazine l’Etudiant dans une enquête sensée mesurer les performances des établissements scolaires. Les collègues savent bien que c’est pipeau mais les parents et plus encore les élèves ont été choqués par cette "information" : ils redoutent être dans un "lycée pourri". Pourtant c’est bien pipeau, pour au moins trois raisons :
‐ l’établissement où j’enseigne est en zone rurale avec une proportion d’enfants d’ouvriers bien supérieure à la moyenne du département, il n’est donc pas forcément choquant que les résultats soient moins bons ;
‐ l’établissement où j’enseigne ne fait pas de sélection des élèves, contrairement aux établissements privés mais aussi à certains établissements publics qui occupent les premières places de ce classement ;
‐ surtout, quid de la réalité du terrain, du travail réel, de la prise en compte par les personnels de l’élève en tant qu’être humain, bref quid de tout ce qui ne se mesurera jamais avec des chiffres ?
Ces classements valorisent le contraire de ce qui constitue un service public : ils encouragent à identifier et à écarter en cours de cycle des élèves dont on estime qu’ils n’auront pas leur examen. C’est une manœuvre d’autant plus facile dans les grandes agglomérations qui comptent plusieurs lycées : avec les transports en commun, il est possible de changer de lycée sans trop de difficultés. Ces classements qui fleurissent (la meilleure grande école, le meilleur hôpital, etc.) sont porteurs d’une idéologie libérale d’autant plus violente et sournoise qu’elle se drape de la soi‐disante objectivité des chiffres.
Jean Luc ANTONUCCI, co secrétaire général FERC SUP CGT
Cette intervention SUR LA NÉO ÉVALUATION est à la fois enthousiasmante et déprimante. Enthousiasmante parce que vous posez des mots clairs et précis sur des idées, des concepts, des questions, auxquels nous sommes quotidiennement confrontés. Cela nous conforte donc dans notre analyse. Mais elle est également déprimante car on a du mal à imaginer comment lutter contre ce modèle quand les interlocuteurs et les partenaires sont tellement acquis et conquis par la nécessité de l’évaluation.
Sur loi d’orientation de l’Enseignement supérieur et de la RechercheSi, auparavant les enseignants‐chercheurs travaillaient pour le bien public dans le cadre d’un service public, aujourd’hui, avec l’autonomie des établissements c’est la question de l’appropriation des savoirs au sein d’établissements autonomes qui se pose et, à terme, la confiscation des savoirs par le privé pour leur valorisation marchande.
Roland GORI
Depuis la conférence de Bologne qui suit celle de Lisbonne, le savoir a été transformé en économie de la connaissance. Il n’y a plus d’évaluation sur l’apport spécifique mais en fonction de l’utilité sociale, du service utilitaire en fonction des rapports sociaux et de force.
L’ensemble des dispositifs d’évaluation repose sur la confusion entre opinion et vérité. La fréquentation des musées repose sur un indice de popularité et non pas sur des critères. C’est la fabrique de servitude volontaire dans une société de la marchandise et du spectacle. L’État désinvestit sa mission pédagogique. Nous sommes passés de la télé des partis au parti de la télé. C’est l’hégémonie d’opinions.
Politiquement, nous sommes dans une société qui se résigne, c’est la grande résignation. L’oubli de l’histoire fabrique l’amnésie. La pire des politiques, c’est inciter les individus à effacer les traces, d’où la nécessite de défendre les humanités. L’auto évaluation est la pire saloperie. L’Éducation populaire est une utopie d’avenir.
Claudine CORNIL prof des écoles évaluée et évaluatrice.
Avec l’évaluation, on voit à quel point c’est une manière de nous obliger à ne pas penser le monde, c’est un système totalitaire et il faut tout refuser. On se bat pour du quantitatif, on a oublié le qualitatif.
Arezki FERGANI, enseignant
Trois questions et un mot non prononcé. L’idée de reconnaissance dans l’évaluation est importante pour nos collègues ; ils ont l’impression d’un retour sur investissement et sont pour la sanction contre les tires au flanc.
Françoise LIGNIER
Nos métiers, nos savoirs faire sont nos seules richesses. Ils constituent la base, le socle pour construire des résistances. Il est de la responsabilité du syndicalisme de montrer ces résistances ou alors, elles seront invisibles. Les travailleurs résistent au quotidien, dans et à partir de leur travail. Si nous ne les mettons pas en lumière, il sera difficile de passer à l’action plus collective et plus organisée, parce que les résistances individuelles sont difficiles à faire durer dans le temps. L’enjeu, à partir de ces résistances, c’est de montrer des chemins possibles et non de les prendre en charge. Notre propre histoire nous dit que chaque fois qu’on est sur des positions défensives on perd.
Notre force, c’est le « travail réel ». Il n’est écrit nulle part dans le marbre que l’évaluation doit se faire à sens unique. Notre évaluation à nous, à construire, ce sont les difficultés à réaliser le travail quotidien. Les personnels sont capables de dire beaucoup de choses. L’enjeu du syndicalisme est de redonner la parole aux salariés. Les profs ont honte de la manière dont ils travaillent et il n’y a pas qu’eux. La question n’est pas de pouvoir être reconnu dans son travail mais de pouvoir se reconnaître dans son travail. C’est à partir de tous ces socles que nous serons en capacité de repenser l’émancipation au lieu de nous faire étouffer par le seul prescriptif.
Christine FOURAGE
Une évaluation sanction n’est pas admissible, il est préférable de penser que l’évaluation va dans le sens de l’amélioration du service rendu au public et repositionne l’agent dans un collectif qui s’interroge sur ses pratiques. Lesquelles permettent de faire son travail dans de bonnes conditions, mais aussi permettent d’en être satisfait (donc donne du sens aux actes) tout en apportant un service de qualité. L’évaluation doit être créative. Il est nécessaire donc d’interroger le terme au préalable pour dire ce qu’on veut faire et le mettre dans l’évaluation.
Solange FASOLI, secteur confédéral, activité travail handicap
Avec l’évaluation, c’est la mise en évidence de l’individualisation, la mise en solitude, le lien pas fait ou plus fait, chacun pense qu’il est seul. Le chapeau, c’est la peur, même irrationnelle même implicite. Ce qu’on décrit, ça se retrouve partout et comment on va recréer des liens, redonner la force de les tisser ?
Françoise LIGNIER
Les enseignants grecs ont été en grève contre l’évaluation. Le discours officiel a porté sur le fait qu’ils n’en avaient jamais eue. Ils ont perdu idéologiquement, ont eu contre eux les usagers, le ministère et ses sphères en territoire. Nous sommes un peu dans le même processus. Dire qu’on est contre l’évaluation est peu crédible, ne sera surtout pas compris. De fait, il y a toujours eu évaluation. Ce n’est pas elle qu’il faut contester mais son contenu et ses objectifs. C’est la démarche que nous avons initiée, au travers d’un 4 pages qui permet d’évaluer son travail, à destination des personnels, pour susciter réflexion et surtout réaction.
Jean Luc ANTONUCCI
Pour revenir sur le terrain pédagogique, je voudrais témoigner qu’il est parfaitement possible d’enseigner sans évaluer. Dans l’école où je travaille, nous n’évaluons pas directement les étudiants. il faut signaler que pendant tout leur parcours dans notre école, on ne demande pas aux étudiants de reproduire des pratiques ou des comportements professionnels mais de développer une réelle indépendance en matière de création audiovisuelle. Cette exigence oblige parfois de porter les étudiants pendant une période plus ou moins longue. Dans certains cas il faut attendre plusieurs années et il n’est pas rare que certains élèves ne se révèlent qu’en toute dernière année. C’est un principe de fonctionnement qui ne peut pas s’accommoder de l’exigence d’une évaluation normée et inquisitrice exigeant des résultats ponctuels et partiels mesurés arbitrairement hors de toute appréciation sensible pariant sur l’avenir et la capacité des étudiants à se révéler. Personnellement, je n’ai jamais été choqué par le fait qu’il faille donner du temps aux étudiants pour qu’ils puissent trouver leur place et leur voie.
Pascale PICOL
La demande de l’évaluateur : que cherche l’évaluateur : sélectionner, faire progresser, sanctionner, faire rentrer en compétition, valider, contrôler ? Si l’évaluateur cherche à faire progresser, à valider, à contrôler : il répond alors aux demandes de l’évalué qui en tirera bénéfice. Si au contraire, il s’agit de sanctionner, de faire rentrer en compétition ou de sélectionner, l’évaluateur poursuit des objectifs divergents de ceux de l’évalué au point d’en être néfastes. A mon sens, il est nécessaire de connaître les mobile de l’évaluation avant même d’(accepter d’) être évalué et de lire les conclusions de l’évaluation.
Le coût social de l’évaluation : combien de salarié(e)s, d’élèves sont “cassé(e)s” à la suite d’un résultat d’évaluation moyen ou mauvais ? Il en résulte découragement, dégoût, dévalorisation de leur image de professionnel et d’élève. Les conséquences peuvent en être désastreuses.
Mettre ces évaluations en perspective conduit à sortir la victime de la culpabilisation et
de l’isolement. Par exemple : classer les évalués les uns par rapport aux autres est justifié par une supposée nécessité d’émulation .... Émulation qui ne bénéficie généralement qu’aux meilleurs. Les “derniers” en conçoivent du mal‐être, de la honte qui les stoppe net dans leur progression. En quoi cette hiérarchisation (et donc la notation) est‐elle légitime puisqu’elle ne profite pas à tous (tes) ? L’évaluation perd alors sa valeur sociale : au lieu d’être facteur de bien‐être, de progrès social, elle devient un outil de casse sociale.
Roland GORI
Il ne faut pas confondre évaluation et notation. Le modèle qui a cours ne vise pas à améliorer le service rendu mais constitue un dispositif de soumission sociale librement consentie. Il a une fonction performative. Ce qui conduit aussi à des stratégies d’adaptation face à ces demandes sociales de devoir regarder le compteur et non la route et ça envoie dans le décor. C’est la société de la norme et non plus de la loi. C’est le droit mou, la loi, c’est la trace sociale des conflits mais la norme les escamote. La norme n’est pas un élément de droit ou de négociation, il y a une inflation énorme des normes... Le déclin de l’autorité politique pose problème. En y adhérant, on pense mieux s’en sortir. Se soumettre, c’est se disculper d’avoir à penser, trouver un mode d’emploi pour survivre (pulsion de mort et poussé vers les objets les plus inanimés). Penser suppose d’affronter l’angoisse de décider, de juger librement et d’assumer l’incertitude de l’avenir.
"Il faut mettre le paquet sur le politique et sur la culture, il faut remettre l’œuvre et la parole au centre de la vie sociale afin de retrouver « la dignité de penser » et combattre « la fabrique des imposteurs ».