Voyage en Misarchie Essai pour tout reconstruire
d’Emmanuel Dockès (édutions du détour).
Au travers des rencontres de Sébastien Debourg, Emmanuel Dockès (Juriste de profession) décline des idées novatrices et qui pourraient être impensables pour certains esprits ternes de nos contemporains.
Je me souviens lorsque j’étais collégien d’une affiche vantant les vertus de la lecture. De légers traits esquissaient un enfant plongé dans un livre dont les pages se transformaient en petits V. Ces lettres suggéraient des oiseaux qui s’envolaient au fil de la narration lue. « Lire fait voyager » conseillait le slogan aux jeunes avides de curiosités lointaines.
Cela tombe bien. Grâce à la lecture, j’ai quasiment fait le tour du monde mais je n’étais pas encore allé là-bas…
Avec « Voyage en misarchie » d’Émmanuel Dockès, j’ai été complétement dépaysé. Sébastien Debourg doit effectuer un voyage en Australie. Il n’arrivera jamais à Sidney. L’avarie de l’avion qui devait le transporter aux pays des kangourous a obligé les pilotes à effectuer un atterrissage en douleur. Le professeur de droit fait partie des survivants. Borné, il ne veut pas attendre une minute de plus les secours qui tardent. Il décide de son propre chef de partir. Perdu et fatigué il ne sait pas qu’il arpente une terre inconnue du nom d’Arcanie. Ce pays a un système politique singulier : c’est une misarchie. Du grec miseô (qui haït) et arkhê (pouvoir), le fonctionnement de la misarchie va bousculer les conceptions occidentales capitalistes du quinquagénaire. Naïvement amoureux, il décide de rester dans ce pays émancipé de chefs. Mœurs, lois intérieures, gouvernance, accueil des immigrés, propriétés en capitaux et privée, travail, éducation, systèmes bancaires et consommation, nous découvrons de chapitre en chapitre comment est administrée cette lointaine contrée.
Au travers des rencontres de Sébastien Debourg, Emmanuel Dockès (Juriste de profession) décline des idées novatrices et qui pourraient être impensables pour certains esprits ternes de nos contemporains. En 1789, le clergé et la noblesse auraient-ils proposé de remplacer la monarchie absolue par une république laïque sans qu’il y ait un bain de sang ? La caste bourgeoise au pouvoir actuellement renoncerait-elle à ses privilèges oligarchiques et ploutocratiques pour laisser se mettre en place un autre système ? Une misarchie ? Il n’est pas interdit de rêver. Il faut avoir dans la tête les plus belles chimères pour surpasser notre présent, si peu fécond à la subversivité.
Emmanuel Dockès nous offre une balade utopique qui fait réfléchir tout en étant distrayante. Les plus de 500 pages de cet essai pour tout reconstruire se lisent facilement. Si le lecteur a un terreau intellectuel prompt à des concepts nouveaux, il s’en sortira mieux que le protagoniste à l’esprit parfois trop étriqué pour comprendre rapidement la structure misarchique de l’Arcanie.
Alors si vous souhaitez vous évader d’un quotidien vide d’idées nouvelles, un petit Voyage en Misarchie vous fera un bien fou.
Bertrand Bouchon
Voyage en misarchie d’Emmanuel Dockès (édutions du détour).