CGT éduc’action 45
Liberté Solidarité Bien-être
De l’utilité des rapports dans des situations conflictuelles ?

Une « nouveauté » imposée par notre hiérarchie consiste à faire des rapports nécessaires pour s’appuyer dessus afin de pourvoir sanctionner un élève. Ce procédé est vécu par bon nombre de professeurs comme une contrainte, réelle d’ailleurs. La parole du professeur ne suffit plus, la société se judiciarise, devient procédurière. Sachant que les professeurs ne feront pas un rapport à chaque problème, cela permet à notre hiérarchie, en cas de dérapage, de retourner la responsabilité sur le professeur. « Vous connaissiez le problème mais vous ne l’avez pas verbalisé par écrit, nous n’avons donc pas pu agir ou réagir. » Conclusion : il est impératif de faire des rapports, dès qu’un problème notable se pose, (refus de donner son carnet, refus d’obéissance…) Attention toutefois car le Chef d’établissement peut vous reprocher, implicitement ou par une boutade, d’en faire de trop (des rapports). Répondre par une boutade : « je suis fidèlement les consignes données par ma hiérarchie », c’est un signe de bonne volonté.

Article mis en ligne le 30 mars 2012
dernière modification le 31 mars 2012

par admin1

Une « nouveauté » imposée par notre hiérarchie consiste à faire des rapports nécessaires pour s’appuyer dessus afin de pourvoir sanctionner un élève. Ce procédé est vécu par bon nombre de professeurs comme une contrainte, réelle d’ailleurs. La parole du professeur ne suffit plus, la société se judiciarise, devient procédurière. Sachant que les professeurs ne feront pas un rapport à chaque problème, cela permet à notre hiérarchie, en cas de dérapage, de retourner la responsabilité sur le professeur. « Vous connaissiez le problème mais vous ne l’avez pas verbalisé par écrit, nous n’avons donc pas pu agir ou réagir. » Conclusion : il est impératif de faire des rapports, dès qu’un problème notable se pose, (refus de donner son carnet, refus d’obéissance…) Attention toutefois car le Chef d’établissement peut vous reprocher, implicitement ou par une boutade, d’en faire de trop (des rapports). Répondre par une boutade : « je suis fidèlement les consignes données par ma hiérarchie », c’est un signe de bonne volonté.

Dorénavant, ces rapports sont indispensables au professeur. En effet, la stratégie actuelle, étant de demander au professeur d’être irréprochable, (ne pas se mettre en colère par exemple…) le rapport fait par le professeur a pour objectif de le protéger. Car si l’élève concerné vient à déraper à nouveau, votre hiérarchie ne pourra pas vous reprocher de ne l’avoir pas prévenu. Vous pouvez même être en position de force vis à vis de cette hiérarchie si lors du rapport précédent elle n’a pas daigné vous suivre dans les propositions de sanctions que vous aviez faites.
D’aucuns diront que cette technique de défense ne leur convient pas car elle officialise en définitive l’évolution actuelle de la société. Certes ; mais cette évolution est aussi un souhait de notre part. En effet, elle a été établie afin de protéger l’enfant des abus des adultes, de la toute puissance paternelle (notion de droit romain : la patria potestas). Cette évolution s’est traduite dans les faits par la signature en 1989 de la convention internationale des droits de l’enfant. Cette évolution nous amène à changer notre vision de l’autorité et nos pratiques qui s’y rattachent.
Si le professeur ne doit pas confondre autoritarisme et autorité, notre hiérarchie a trop tendance à confondre compréhension et justification des actes des élèves et par là même, tolérance d’actes qui pris individuellement ne sont pas forcément graves mais qui, répétés jour après jour deviennent difficiles à gérer et à tolérer pour le professeur. Cette même hiérarchie (qui demande à ses professeurs des exigences de quasi perfection, nous considérant comme incapable si nous ne nous y tenons pas), accepte des élèves de nombreuses circonstances atténuantes, considérant qu’il ne s’agit que d’enfants, pas toujours responsables de leurs actes, contrairement à l’adulte qui lui doit-être capable de se maitriser à tout instant quelque soit les circonstances. Cette conception actuelle de l’autorité, de la gestion des élèves et des rapports avec les professeurs, met le professeur en porte-à-faux. Être irréprochable, maître de soi (ce qui n’est déjà pas une mince affaire dans des situations difficiles) devient quasiment impossible ou du moins conduit forcément le professeur à « l’erreur » si notre hiérarchie opte pour les circonstances atténuantes à l’égard des élèves. D’où l’importance du rapport, qui nous permet de nous protéger voire même d’être en position offensive face à la hiérarchie. D’autant que cette même hiérarchie n’hésite pas à en faire usage quand il s’agit de casser des collègues pris en ciseaux par des rapports de l’Inspection et du chef d’établissement. L’usage du rapport n’est pas seulement le fruit de l’évolution de notre société mais témoigne des problèmes rencontrés par le corps enseignant (dégradation des conditions d’enseignement) et de l’absence de réaction ou de la faible réaction de l’administration. C’est donc un outil de défense et d’attaque autant en collège qu’en lycée. En lycée également, car en argumentant que le lycée étant trop grand les dérapages passent plus ou moins inaperçus et qu’il ne sert à rien de consigner cela par écrit, nous nous mettons nous même en position de faiblesse face à l’autorité qui sera en mesure de nous demander des comptes si nous n’arrivons plus à contrôler la situation.
Trop souvent nous dédaignons une telle démarche car nous le vivons comme un aveu de faiblesse. Mais nous hésitons à en faire part pour d’autres raisons. Certains collègues mal attentionnés, quand nous sommes en difficultés, n’hésitent pas à nous dire que nous faisons preuve de maladresse. Selon eux, notre attitude serait la cause de nos problèmes, nous serions la source du problème. Or faire part de ses problèmes au sujet de certains élèves ce n’est pas seulement montrer ses faiblesses mais cela permet d’échanger avec d’autres professeurs sur l’élève, de mieux cerner l’élève, de mieux le cadrer. Échanger autour de soi, c’est, une fois passé le cap des imbéciles et des prétentieux, créer une communauté d’idées et d’expériences pour mieux surmonter ses difficultés. Dans ces échanges certains collègues nous disent parfois qu’ils n’ont pas de problèmes avec tel élève alors que nous même sommes en conflit avec ce dernier. Cela ne témoigne pas forcément d’une mauvaise foi mais aussi d’exigences différentes. Là où certains vont tolérer les bavardages d’autres ne les tolèreront pas, il en va de même pour le travail non fait… Ceci nous est perceptible que si nous échangeons avec nos collègues. Attention à l’argument selon lequel : « si ce n’est qu’avec toi [prof] que l’élève a des problèmes cela vient de toi [prof] », (ces propos sont souvent dits de façon implicite). Si le professeur ne trouve pas d’autre collègue avec qui l’élève ne fonctionne pas bien, il se retrouve tout seul en grande difficulté. Par contre, si communiquer avec les autres collègues est primordial (on y trouve un appui), l’absence d’appui de ses pairs ne justifie en rien qu’un élève puisse avoir gain de cause sur un professeur, sous le fallacieux prétexte qu’il n’embête aucun autre professeur par ailleurs. Là encore le rapport a son rôle à jouer, car isolé au sein de l’équipe pédagogique, le rapport défend la position du professeur concerné.

Enfin, nous pouvons répondre à notre hiérarchie que nous sommes prêts à accepter tous les reproches possibles, mais qu’il convient que cette même hiérarchie assume ses propres manquements à l’autorité en acceptant les nombreuses circonstances atténuantes à la source trop souvent de situations conflictuelles entre professeurs et élèves. Bref dire à sa hiérarchie, « vous ne pouvez pas exigez la perfection si vous même vous mettez le professeur en position de conflits latents avec ses élèves. Vous ne pouvez pas exiger la perfection si vous même vous ne posez pas clairement les limites aux élèves. » Et dans cette stratégie le rapport a une place de choix !
Autre demande implicite ou explicite de notre hiérarchie vis à vis des professeurs : avoir de la tolérance et de la compréhension vis à vis des élèves. Ma réponse est la suivante : « M. le chef d’établissement, la compréhension vous ne l’obtiendrez que si les sanctions méritées tombent ; sans quoi vous n’obtiendrez que du ras le bol de la part des professeurs, des tensions, voire un conflit ouvert. » Il ne s’agit pas de stigmatiser les élèves mais de poser un cadre, de canaliser, bref d’éduquer. Éduquons, éduquons, éduquons !!!

Pour terminer, la pratique managériale des nouveaux principaux est d’isoler chaque professeur et de diviser le groupe prof pour mieux avoir prise sur chacun d’eux. En conclusion, le rapport « oui », mais l’échange, la discussion avec ses collègues restent primordiaux même s’il y a des coups à prendre. Un professeur isolé est un professeur fragilisé et dans ce cadre le syndicat à son rôle à jouer, briser l’isolement, initier des actions multiformes de défense du salarié.

Pour un syndicat de combat.